a propos du livre...

LA BATAILLE DE VITORIA

À la suite de la défaite de Vitoria les troupes françaises se replient dans le plus grand désordre sur leur frontière, en empruntant la mauvaise route de Pampelune, la grande route vers Irun et la France étant sous le contrôle des Alliés. Joseph lui-même s'installe à Saint-Pée-sur-Nivelle, quartier Helbarron, chez un ami Jean Blaise Goyenetche.
                Le bilan de cette bataille est très lourd : 5 000 morts ou blessés côté français, dont le général Sarrut, autant côté alliés. Dans la panique du repli, les troupes françaises abandonnent à l'ennemi 400 canons, plus de 400 caissons et une multitude de voitures de bagages dont celle du roi Joseph, contenant tous ses papiers et son épée, et celle de Jourdan, contenant son bâton de maréchal ! Les coffres contenant l'argent destiné à payer trois mois d'arriéré de solde des troupes françaises sont aussi perdus. L'avidité des troupes alliées, perdant du temps à piller l'immense convoi abandonné, sauve heureusement l'armée française d'un désastre total…
                Mais surtout, la bataille de Vitoria marque la fin de l'occupation de l'Espagne et du Portugal décidée par Napoléon en 1807 pour combattre l'Angleterre en fermant tous les ports d'Europe, par le "Blocus continental".


Illustration ci-dessus : 
Monument commémoratif de la bataille de Vitoria, place de la Vierge Blanche à Vitoria. On voit les troupes françaises, accablées, se replier vers la frontière...

PRISE DE FONCTION DE SOULT : CONTRE-ATTAQUES DE SORAUREN ET SAN MARTIAL

Après avoir destitué Joseph, début juillet 1813 Napoléon envoie l'ordre au maréchal Soult, alors à Dresde, de se rendre en Espagne : "Mon cousin, vous partirez aujourd'hui avant 10 heures du soir ; vous voyagerez incognito, en prenant le nom d'un de vos aides de camp. vous arriverez à Paris le 4 où vous descendrez chez le ministre de la Guerre. Vous irez avec lui chez l'archichancelier ( Cambacérès) ; il vous mettra au fait de la dernière situation des choses. Vous ne resterez pas plus de douze heures à Paris ; de là vous continuerez votre route pour aller prendre le commandement de mes armées en Espagne…". Il lui confère la qualité de lieutenant de l'empereur, avec mission de repousser les Anglais au-delà de l'Èbre et de rétablir les Français en Espagne.

Dès le 12 juillet le maréchal arrive à Bayonne et, très rapidement, il s'occupe de poursuivre la réorganisation déjà commencée par Jourdan. Les troupes étaient jusqu'alors séparées en armées d'Andalousie, du Centre, du Portugal et du Nord, ce qui présentait de nombreux inconvénients. L'armée française comporte alors dix divisions d'infanterie, dont une de réserve commandée par le général Villatte, deux divisions de cavalerie avec le général Pierre Soult, frère du maréchal, et le général Treilhard, et enfin 86 bouches à feu. "Le maréchal Soult (…) revint prendre le commandement en chef de notre armée, qui fut réorganisée en moins de quinze jours et mise sur un pied plus respectable qu'avant l'affaire de Vitoria (…). Il nous passa en revue et nous annonça que nous prenions le nom d'armée des Pyrénées". Il confie la droite au général Reille, avec les divisions Lamartinière, Maucune et Foy, le centre au général comte d'Erlon, avec les divisions Darricau, Abbé et Darmagnac, et la gauche au général Clauzel avec les divisions Conroux, van der Maësen et Taupin.
Le maréchal Soult installe son quartier général à Saint-Jean-Pied-de-Port. Son plan est alors de prendre l'offensive pour dégager Pampelune ou Saint-Sébastien où des troupes françaises sont assiégées, et de repousser les Alliés en Espagne... Ce plan est réaliste, à l'époque ; en effet face à Wellington et ses 90 000 hommes, Soult dispose de 70 000 hommes, certes dépités par ce qu'ils ont vécu les six années passées, ayant peu confiance en leurs généraux, et souvent indisciplinés, mais aussi très confiants en eux-mêmes et bien plus aguerris que les Alliés.
Soult choisit de débloquer par surprise la place de Pampelune, puis de se rabattre éventuellement sur Saint-Sébastien. Dès le 24 juillet 1813, les troupes françaises se mettent en marche, et pénètrent en Espagne le lendemain : les généraux Reille et Clauzel par Roncevaux à l'est, le comte d'Erlon par le col de Maya à l'ouest ; il y sera retardé par des combats qui lui coûteront 2 000 hommes, et ne pourra rallier le gros de l'armée… Villatte, basé sur la basse Bidassoa, observe la gauche coalisée.
Les deux brigades du général Hill qui tiennent le col de Maya doivent se replier sur Elizondo ; Wellington s'y rend le 26 et s'assure que Hill s'est positionné devant Irurita. Dans la soirée, il apprend qu'à l'est, le général Cole, bien qu'ayant repoussé avec ses 13 000 hommes les 40 000 Français de Reille et Clauzel, s'est replié en direction de Pampelune, de peur d'être pris à revers dans le brouillard. Furieux, Wellington lui envoie la division Picton en renfort, avec ordre de se maintenir à Zubiri ; ils n'y parviennent pas et, démoralisés, poursuivent leur retraite vers Pampelune, poursuivis par les Français. Wellington, suivi de son seul aide de camp Lord Fitzroy Somerset, fonce alors à leur rencontre sur les hauteurs de Sorauren, aux portes de Pampelune. C'est là que les Français tentent pendant deux jours, par des attaques de front, de bousculer les troupes alliées, maintenant galvanisées par la présence de Wellington. Le 30, Soult, ordonne le repli vers la France ; Clauzel en tête, suivi par Reille, ils remontent l'Ulzama. Alors, les Alliés passent à l'offensive, coupant les divisions de queue de la colonne : Lamartinière suit les crêtes et éparpille ses troupes, tandis que Foy rejoint Les Aldudes, et que les divisions Conroux, van der Maësen, Taupin et Maucune, étirées le long de l'Ulzama, sont fusillées par les troupes de Dalhousie. Plus tard, ils rallient la division d'Erlon au-delà d'Ortiz, puis, toujours sous les feux ennemis à Dona Maria et à partir de Sumbilla le long de la Bidassoa, ils poursuivent leur repli. Enfin, épuisée, l'armée française rentre en France, Clauzel par le col d'Echalar, Reille par Saint-Jean-Pied-de-Port et d'Erlon par le col de Maya, pour rallier finalement Sare le 2 août, sous les orages.
Au cours de cette inutile contre-attaque, les Français ont perdu plus de 12 000 des leurs, les Alliés 7 000.


À cette époque, le maréchal Soult voit toujours le salut dans l'offensive : " Il faut à tout prix se porter incessamment au-delà des Pyrénées pour empêcher les armées ennemies de s'accroître d'une manière effrayante comme elles le font". De plus, touchée par l'héroïsme de la garnison de Saint-Sébastien qui soutient toujours le siège des Alliés, l'armée française repasse la Bidassoa fin août pour attaquer les hauteurs de San Marcial. Les mouvements préparatifs des troupes françaises ont commencé dès le 29 août, mais Wellington, bien renseigné, a fait renforcer ses défenses le 30 et le 31.
L'armée française avance sur deux colonnes : l'une, commandée par le général Reille, comprenant les divisions Lamartinière et Maucune et la réserve Villatte, passe la Bidassoa aux gués de Biriatou où un pont de chevalets et un pont de bateaux ont été jetés ; Foy assure un soutien lointain. Reille a l'ordre de s'emparer des hauteurs de San Marcial et de pousser sur Oyarzun. L'autre colonne, sous les ordres de Clauzel, constituée des divisions Taupin, van der Maësen et Darmagnac avec Maransin en soutien, franchit la Bidassoa aux gués de Vera et de Lesaca. Le général d'Erlon reste en couverture avec la division Conroux sur les hauteurs de la Rhune et de Sainte-Barbe, et avec la division Abbé au sud d'Ainhoa, à Urdax.
À la suite de durs combats sur un terrain très difficile, les troupes françaises gravissent les pentes du San Marcial, s'emparant même de l'ermitage, mais, trop isolées doivent se replier à nouveau. Le 1er septembre, la Bidassoa, grossie par l'effet conjugué des orages et de la marée, étant impraticable, le général van der Maësen entreprend d'enlever le pont San Miguel à Vera pour assurer le repli des troupes ; c'est fait au prix de lourdes pertes : plus de deux cents hommes sont perdus, van der Maësen étant lui-même tué. 
Le bilan global de cette offensive est très lourd : les Français ont perdu plus de 3 000 hommes dont deux généraux tués et trois blessés. Côté Alliés, les pertes s'élèvent à 2 600 hommes.

Le 9 septembre, à midi, après une défense héroïque, la garnison de Saint-Sébastien, commandée par le général Louis-Emmanuel Rey, succombe, ouvrant aux armées alliées un nouveau port de ravitaillement et rendant disponibles les forces de Graham jusqu'alors bloquées sur ce siège.
Début septembre, Wellington apprend que l'armistice a été rompu, et que l'Autriche est entrée en guerre contre Napoléon ; maintenant, seule la résistance de la garnison de Pampelune l'empêche de décider l'invasion de la France...

De son côté, Soult espère toujours réaliser une offensive avec l'aide du maréchal Suchet, général en chef des armées d'Aragon ; les différents projets sont tous jugés irréalisables et finalement, le 7 octobre c'est Wellington qui surprend une première fois Soult à Hendaye, l'obligeant à lui céder une partie du territoire français !

BATAILLE DE LA BIDASSOA DU 7 OCTOBRE 1813 : TETE DE PONT ALLIEE A HENDAYE

(...) À l'issue de ces combats d'octobre, les pertes françaises sont de 1 600 hommes et celles des Alliés de 2 000 environ ; mais, surtout, les Alliés ont ainsi solidement pris pied sur le territoire français.

Les causes du recul de Soult peuvent être analysées ainsi : on l'a vu au début de ce chapitre, les Français étaient sur une ligne de défense très étendue, de près de 40 kilomètres de long, sans aucune profondeur. Ainsi, ne disposant pas d'une zone d'alerte suffisante, ils sont surpris et ne peuvent être soutenus par leurs réserves positionnées à 5 ou 6 heures de marche… Face à une attaque de 44 000 hommes, 20 000 Français restent ainsi totalement inactifs !
De plus, le moral des troupes françaises est alors au plus bas ; la confiance du maréchal Soult lui-même est sérieusement ébranlée : "le commandement ne m'a jamais paru plus difficile que dans les circonstances où je me trouve ; et je désire vivement que l'Empereur daigne confier celui dont je suis revêtu à des mains plus habiles que les miennes…".
Il est vrai qu'à cette époque tout concourt à casser le moral des Français : d'abord, comme nous venons de le voir, l'armée de Wellington a mis un pied sur notre territoire. Ensuite, la nouvelle du désastre des armées impériales à Leipzig les 16, 18 et 19 octobre frappe l'armée des Pyrénées, qui fondait jusque là de grands espoirs en elles… De plus, il y a de longs retards, parfois de plus de deux ans, dans le paiement de la solde des troupes. Enfin, le 31 octobre 1813, après quatre mois de siège, Pampelune ouvre ses portes aux troupes alliées.

Dorénavant, Wellington n'a plus de raison de s'arrêter à la frontière !

LA SUITE DES MOUVEMENTS...

Après les combats sur la Nivelle, notre récit se poursuit sur la Nive, puis à Saint-Pierre d'Irrube, sur la Bidouze, la Joyeuse et le Saison... 
Plus loin sont traités dans notre ouvrage :
·        la bataille d'Orthez du 27 février 1814 : la réaction de SOULT (excellement traité sur un site dédié à cette bataille, voir lien sur notre page "liens"),
·        le combat d'Aire et la soumission de Bordeaux et mouvements vers Toulouse,
·        la bataille de Toulouse du 10 avril 1814,

que nous traiterons ici lors d'une prochaine mise à jour du site...

CONCLUSION

Dans la citadelle de Bayonne, le général Thouvenot, ignorant le volume des forces, et, souhaitant détruire les positions trop proches, à son goût, de la ville et de la citadelle, élabore alors un plan de sortie ; elle aura lieu le 14 avril.
À deux heures et demie du matin, le général Abbé conduit une attaque de diversion dirigée sur Anglet. Pendant ce temps, le général Maucomble lance au nord plus de 3 000 hommes sur trois colonnes : à droite, le commandant de Lassalle s'empare à la baïonnette de l'église Saint-Étienne, d'où il chasse les Alliés, tuant même le général Hay. Se repliant par la route de Bordeaux, il est pris de flanc par des troupes portugaises et est lui-même tué.
À l'arrière de ces trois colonnes, les troupes du génie du capitaine Jarry détruisent les palissades et les retranchements ennemis, et mettent le feu aux maisons qui jusque là protégeaient les Alliés en masquant leur vue aux Français.
Alors que les troupes du commandant Vivien ont rejoint la colonne centrale au droit du cimetière israélite, et que les Alliés récupèrent de leur surprise et lancent une contre-attaque, le général Thouvenot ordonne la retraite qui sera achevée à 8 heures.

Lorsque le jour se lève, l'état du champ de bataille témoigne de la violence des combats : tout est brûlé et dévasté, le sol, en particulier rue de Saint-Étienne, est jonché de cadavres et de membres mutilés.
Le bilan de cette sortie, effectuée rappelons-le, huit jours après l'abdication sans condition de Napoléon, est très lourd : les Français ont perdu 900 des leurs, dont 110 morts, tandis que les Alliés déplorent 600 morts et blessés et 200 prisonniers.
La journée du 15 avril est employée à enterrer les morts des deux camps. Les jours suivants, les bruits relatifs à la chute de Paris arrivent à Bayonne… Aussi, "Il a été convenu ce soir (le 17 avril), entre notre gouverneur et le général en chef anglais, qu'à compter de demain matin jusqu'au 25 du dit, on ne tirera plus d'un côté ni d'autre, parce que l'on présume que d'ici à cette époque nous recevrons des dépêches du nouveau gouvernement ou que nous saurons à quoi nous en tenir sur la position du restant de l'Empire, ainsi que sur le compte de S. M. l'Empereur Napoléon".

Le général Thouvenot, chargé par lettres patentes de l'empereur de la défense de Bayonne, s'en montre particulièrement digne ! Très tenace, et malgré diverses confirmations de la situation à Paris, il ne consent à signer une suspension d'armes avec le général Colville, remplaçant le général Hope à la tête des troupes alliées, que le 27 avril et la convention levant le blocus n'intervient que le 5 mai 1814.


Sur le front principal, après la bataille de Toulouse, à Castelnaudary, pendant les quatre jours qui ont suivi l'arrivée des émissaires de Saint-Simon et Cooke, le doute demeure dans les têtes de Soult et de Suchet, malgré les échanges qu'ils ont entre eux ; Soult ayant demandé une confirmation écrite du ministre de la Guerre, l'ordre de mettre fin aux combats, signé du maréchal Berthier, major général des armées, arrive enfin le 18 avril. Le jour même, l'armistice est alors signé entre le général Gazan de La Peyrière, chef d'état-major général de l'armée française, et le général Murray, chef d'état-major de l'armée alliée ; la cérémonie se tient au seuil de Naurouze, dans la maison de l'ingénieur du canal du Midi. Le lendemain, 19 avril, le maréchal Soult proclame son adhésion et celle de ses troupes au nouveau gouvernement : 
"La nation ayant manifesté son vœu pour la déchéance de l'empereur Napoléon, et le rétablissement de Louis XVIII au trône de ses anciens rois, l'armée, essentiellement obéissante et nationale, doit se conformer au vœu de la nation.
                Ainsi, au nom de l'armée, je déclare que j'adhère aux actes du sénat-conservateur et du gouvernement provisoire, relatifs au rétablissement de Louis XVIII au trône de Saint-Louis et de Henri IV, et que nous jurons fidélité à Sa Majesté.
                Au quartier-général, à Castelnaudary, le 19 avril 1814
                                                                LE MARECHAL DUC DE DALMATIE."
                Cet acte d'adhésion est ensuite communiqué aux garnisons de Saint-Jean-Pied-de-Port, Navarrenx, Lourdes, Venasque et, bien sûr, Bayonne, le 22 avril, soit huit jours après la glorieuse mais inutile sortie…

                Le 1er mai, Soult se retire dans son village natal, à Saint-Amans, après avoir remis son armée au maréchal Suchet, commandant en chef des armées d'Espagne et de Catalogne, désormais réunies en une armée du Midi.
                De leur côté, les Alliés, après avoir occupé la région pendant plus de deux mois, l'évacuent par le Gers, selon un axe Toulouse - Lectoure - Condom. Là, ils  se séparent ; sous les vivats des Espagnols et des Portugais qui regagnent leurs pays, l'infanterie anglaise se dirige vers Casteljaloux, Bazas et Bordeaux où elle embarque pour l'Angleterre et ses colonies, tandis que la cavalerie rejoint l'Angleterre par Boulogne.

                Ainsi se termine cet épisode peu connu mais combien glorieux des guerres du 1er Empire, qui vit s'affronter deux armées et deux chefs de guerre, Soult et Wellington, qui se retrouveront quelques mois plus tard, un certain 18 juin 1815, pour une bataille beaucoup plus célèbre, à Waterloo.


Illustration : les Adieux de Napoléon à sa Garde, à Fontainebleau le 20 avril 1814. Napoléon avait abdiqué sans conditions le 6 avril, alors que la bataille de Toulouse s'est tenue le 10 avril et la sortie de Bayonne le 14... Difficultés de communication de l'époque oblige !